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Affichage des articles associés au libellé histoire de famille

les Ethevenaux : fin d'une époque

  Jules, le dernier mot Entre-temps, au Louverot, les affaires politiques ont repris . En 190 4 , Jules , le patriarche, devient maire . On ne fait pas les choses à moitié : son gendre Paul Grelet est élu au conseil municipal, aux côtés d’un certain Louis Chaboz , père adoptif de Marguerite , future belle-fille de Jules. Oui, chez les Éthevenaux, on ne fait pas seulement des enfants, on tisse des mailles. Ça lui va bien, maire, à Jules . Un mandat modeste, mais un rôle immense dans un village où tout se sait, tout se commente. Il ne s’occupe pas de l’état civil, son ami et premier adjoint, Émile Ardiet, signe les actes. Lui il est dans le quotidien : il fait venir le cantonnier, négocie l’arrivée de l’eau, la réfection de l’école. Il n’est pas du genre à donner des discours — il fait. Et c’est ça qu’on attend de lui. Pas des mots, des actes. Et s’il râle contre les préfets, les subventions, l’État central, il le fait avec cette humeur jura s sienne : en travaillant plus,...

Les Ethevenaux : Vatagna

  Un Ethevenaux, des Ethevenaux Pour les Ethevenaux, Vatagna, c’est un peu le Far West du Revermont. Un hameau caché entre deux vallons, officiellement rattaché à Montaigu — proche de Lons-le-Saunier, mais à deux bonnes heures de marche de Montain. C’est aussi le village natal de Clotilde. Edmond, son fils vient y vivre après son mariage avec Joséphine Claudey, fille d’un négociant en farine et meunier de Clairvaux-les-Lacs. Le jeune couple s’installe d’abord chez Marie, sœur de Joséphine qui avait épousé elle aussi un Éthevenaux. Mais pas de la même branche ! Élisée né en 1822 à Vatagna épouse Marie Claudey en 1886 : il avait 63 ans et elle 29. Après la mort d’Élisée en 1892, Marie n’avait pas flanché. Forte tête et poigne sèche, elle gérait la maison, les deux enfants, Élise et Charles (futur conseiller général du Jura) et les terres d’une main ferme, avec ce regard de meunière qui a l’habitude de jauger les sacs de farine comme les hommes. Edmond est régisseur d es te...

Les Ethevenaux : un rouge !

  Pendant qu’Auguste faisait le Rouge… L’adolescence de Jules se déroule entre les vignes de Montalent, les haies de prunelliers, et les cahots de la politique nationale. Car dehors, la France frétille. Louis-Philippe d’Orléans, dit le « roi bourgeois », s’accroche à son trône comme une bernique à son rocher. Mais en 1848, patatras, la Deuxième République débarque. La république, la vraie. Celle qu’on espère sociale, juste, et populaire. Du moins, sur le papier. Dans le Jura, on en discute. Aux foires, chez le maréchal-ferrant, dans les cafés de Lons. Et chez les Ethevenaux aussi. Surtout Auguste. L’aîné, le trentenaire, le sanguin. Pendant que Jules laboure ou taille ses ceps à Montalent, Auguste fabrique du savon au Vernois. Mais pas que. Il fait tourner les idées comme les chaudrons : un œil sur l’alambic, l’autre sur la République. Et en décembre 1851, quand Louis-Napoléon Bonaparte décide de s’asseoir sur la République pour s’autoproclamer Empereur, Auguste voit rouge. Mai...

Les Ethevenaux : une famille

  Pas pour briller, mais pour bâtir En 1863, Jules épouse donc Clotilde, une fille de paysans de Vatagna, un hameau de Montaigu à deux heures de marche de Montalent . Elle n’a pas une grande dot, Clotilde. Juste de quoi garnir une armoire — un trousseau de linge, quelques pièces d’argent, et l’humble espoir d’un futur meilleur. Mais elle arrive aussi avec une promesse : une «  non, part virile » (la portion d’héritage due à un héritier au prorata du nombre de parts) dans la succession de ses oncle et tante, les Marion, sans enfants. Une sorte de petite graine d’avenir, semée discrètement dans le contrat de mariage. Ils ne sont pas seuls : les frères de Jules sont là, ses beaux-frères aussi, témoins au mariage. C’est tout un village qui suit la noce. Des verres se lèvent, le pain croustille, les enfants rient dans la cour. La République est étouffée ? Peut-être. Mais au fond des verres de savagnin et des discours à voix basse, elle n’est jamais bien loin. C’est à cett...

Les Ethevenaux : Prologue

  Sous le cerisier de Montalent C’est un matin d’août 1920 dans le Jura. L’air est lourd, la vigne dort, les coqs ont déjà fait leur devoir. Jules Ethevenaux est assis sur le banc de pierre, sous le vieux cerisier. Il a gardé l’habitude d’y venir depuis qu’il ne peut plus vraiment descendre à la vigne. Les rhumatismes ont eu raison de son dos, mais pas de sa vigilance. Il regarde Montalent comme on regarde une vieille photo, floue mais familière. Un peu plus haut, les toits du Louverot scintillent, et au loin, on aperçoit l’église de Montain sur sa colline, mais pas le village, là où il est né. Entre les deux, toute une vie : les récoltes, les enfants, la République (parfois bancale), les décès trop jeunes, les mariages pas toujours prévus, les voisins têtus, les frères égarés puis revenus. Il se dit, en silence : — Tiens, c’est drôle, je n’ai pas vu passer tout ça. Et pourtant, il en a vu. Un frère exilé pour avoir trop aimé la liberté, une République bâillonnée puis revenue ...

Chapitre 12 : le Conseil de famille

Dans cette histoire, et comme toujours dans les secrets de famille, personne ne sait rien. Chacun détient un petit bout de vérité, mais personne n'ose le partager. Moi, j’ai mis les pieds dans le plat. Ces parents soi-disant morts pendant la guerre, cette mère qui s’est volatilisée pour réapparaître à Limoges comme si de rien n’était, ces enfants séparés, placés dans des familles différentes au point de ne plus se souvenir les uns des autres… Il a bien fallu une décision pour que tout cela se passe ainsi. Je me décide donc à passer aux archives de la Marne. Une archiviste charmante m’explique la marche à suivre : il faut une demande écrite et justifier de la parenté, mais il devrait être possible d’y accéder... Et un beau matin, me voilà à Châlons-en-Champagne. Une documentaliste disparaît quelques instants, puis revient avec un dossier : le jugement du conseil de famille ! Quelle trouvaille ! Des fiches de police, des lettres, des enquêtes de voisinage. Et surtout, le jugement....

Chapitre 9 – Le courage des femmes silencieuses

  Je suis Marthe, la mère de Suzanne. Moi-même, je n’ai pas vraiment connu mon père, Désiré. C’était un manouvrier, il travaillait à la journée quand il trouvait du travail : nettoyage des étables, mise en fagots du bois, travaux de terrassement, transport du foin, surveillance du bétail, faucheur, batteur en grange, etc. Il avait eu un fils avec ma mère, Eulalie, avant de se marier avec elle, puis ils ont eu une fille deux ans avant moi. Il est mort à 29 ans, en coupant des saules au bord de l’Aire. J’avais onze mois. Nous vivions à Termes, dans les Ardennes, à une petite vingtaine de kilomètres de Vouziers. C’était un village agricole avec encore quelques vignes, beaucoup de forêts. Une terre rude, où les hommes s’épuisaient pour arracher au sol de quoi survivre. Après la mort de mon père, ma mère s’est remariée avec Marcellin Dubois, toujours à Termes. Ils ont eu cinq enfants ensemble. Nous vivions toujours là, toujours aussi pauvres. Marcellin était manœuvre, casseur de pierr...

Chapitre 8 – Quelle énigme !

Je me surprends à revenir sans cesse sur le nom de Suzanne. Elle reste pour moi une énigme, un e image insaisissable dont l'histoire s'impose comme un défi à déchiffrer. D'un côté, on la présente comme une jeune ouvrière, une femme jolie, belle et rebelle, qui a su marquer sa trace, refusant de se plier aux règles d'une société trop coincée pour contenir son ambition. De l'autre, son choix – ou son oubli – d’abandonner ses enfants laisse derrière lui un goût amer, celui d'une vie en morceaux, d'un destin qui semble vouloir défier toute explication simple. En fouillant dans les archives, j'ai découvert des contradictions qui ajoutent à son mystère. Par exemple, à Limoges , elle affirmait que son père était pharmacien, alors que les documents indiquent qu'il était mécanicien. Pourquoi c es déformations, ces mensonges évidents, l’apparent oubli de ses filles ? Ça ressemble à une volonté farouche de réinventer son passé, de maquiller une réalité trop ...