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Chapitre 13 – Suzanne toujours aux abois

  Je découvre donc cet article de l’Echo du Centre :  Vols. - Suzanne Morel, 25 ans, qui a volé une somme de 30 000 francs à une dame de passage à Limoges, est condamnée à 8 mois de prison, 10.500 francs de dommages et intérêts et à restituer les 20.000 francs non dépensés retrouvés en sa possession. En fait, elle a 35 ans. Mensonge encore, ou erreur du rédacteur ? Je contacte les archives de la Haute Vienne, et on m’envoie le dossier ! Les attendus du procès : Attendu que Morel Suzanne, veuve Bertrand, a été condamnée pour avoir à  Limoges , le 7 août 1945, frauduleusement soustrait un portefeuille contenant une somme de 37 000 francs, au préjudice de la dame Veillard. Attendu que cette réunion avait lieu chez M. L., réuni ssa n t tous les locataires de l’immeuble . Attendu que, à l’issue de cette réunion, la prévenue a aperçu un sac à main, qu’elle reconnaît avoir ouvert, et a pris le portefeuille qui s’y trouvait. Attendu qu’elle prétend avoir agi par curio...

Chapitre 11 – Eugène Morel, enfant de l’Argonne, citoyen de la République

Décidément, l’histoire de cette famille ordinaire nous montre une vie agitée ! Et pour comprendre le parcours de Suzanne, cette femme énigmatique dont la vie tourmentée défie les récits linéaires, il faut remonter plus loin. J’ai donc cherché, jusqu'à son grand-père Eugène Morel, dont la destinée incarne tout à la fois l'audace des humbles et la ténacité d'un autodidacte. Eugène voit le jour en 1856 à Verpel, petit village ardennais encaissé dans les vallons de l’Argonne. Il est l’aîné d’une fratrie marquée par la tragédie : en 1858, un frère naît et meurt en quelques mois ; l’année suivante, un autre frère décède le jour même de sa naissance, et leur mère s’éteint deux jours plus tard. Eugène n’a que trois ans, et déjà le deuil prend racine dans sa vie. Le père se remarie avec Marguerite, et deux demi-frères viennent agrandir la famille. Mais le sort s’acharne, et en 1865, Eugène perd aussi son père, décédé à l’hospice à seulement 34 ans. Orphelin de père et de mère, on p...

Chapitre 8 – Quelle énigme !

Je me surprends à revenir sans cesse sur le nom de Suzanne. Elle reste pour moi une énigme, un e image insaisissable dont l'histoire s'impose comme un défi à déchiffrer. D'un côté, on la présente comme une jeune ouvrière, une femme jolie, belle et rebelle, qui a su marquer sa trace, refusant de se plier aux règles d'une société trop coincée pour contenir son ambition. De l'autre, son choix – ou son oubli – d’abandonner ses enfants laisse derrière lui un goût amer, celui d'une vie en morceaux, d'un destin qui semble vouloir défier toute explication simple. En fouillant dans les archives, j'ai découvert des contradictions qui ajoutent à son mystère. Par exemple, à Limoges , elle affirmait que son père était pharmacien, alors que les documents indiquent qu'il était mécanicien. Pourquoi c es déformations, ces mensonges évidents, l’apparent oubli de ses filles ? Ça ressemble à une volonté farouche de réinventer son passé, de maquiller une réalité trop ...