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les Ethevenaux : fin d'une époque

  Jules, le dernier mot Entre-temps, au Louverot, les affaires politiques ont repris . En 190 4 , Jules , le patriarche, devient maire . On ne fait pas les choses à moitié : son gendre Paul Grelet est élu au conseil municipal, aux côtés d’un certain Louis Chaboz , père adoptif de Marguerite , future belle-fille de Jules. Oui, chez les Éthevenaux, on ne fait pas seulement des enfants, on tisse des mailles. Ça lui va bien, maire, à Jules . Un mandat modeste, mais un rôle immense dans un village où tout se sait, tout se commente. Il ne s’occupe pas de l’état civil, son ami et premier adjoint, Émile Ardiet, signe les actes. Lui il est dans le quotidien : il fait venir le cantonnier, négocie l’arrivée de l’eau, la réfection de l’école. Il n’est pas du genre à donner des discours — il fait. Et c’est ça qu’on attend de lui. Pas des mots, des actes. Et s’il râle contre les préfets, les subventions, l’État central, il le fait avec cette humeur jura s sienne : en travaillant plus,...

Chapitre 13 – Suzanne toujours aux abois

  Je découvre donc cet article de l’Echo du Centre :  Vols. - Suzanne Morel, 25 ans, qui a volé une somme de 30 000 francs à une dame de passage à Limoges, est condamnée à 8 mois de prison, 10.500 francs de dommages et intérêts et à restituer les 20.000 francs non dépensés retrouvés en sa possession. En fait, elle a 35 ans. Mensonge encore, ou erreur du rédacteur ? Je contacte les archives de la Haute Vienne, et on m’envoie le dossier ! Les attendus du procès : Attendu que Morel Suzanne, veuve Bertrand, a été condamnée pour avoir à  Limoges , le 7 août 1945, frauduleusement soustrait un portefeuille contenant une somme de 37 000 francs, au préjudice de la dame Veillard. Attendu que cette réunion avait lieu chez M. L., réuni ssa n t tous les locataires de l’immeuble . Attendu que, à l’issue de cette réunion, la prévenue a aperçu un sac à main, qu’elle reconnaît avoir ouvert, et a pris le portefeuille qui s’y trouvait. Attendu qu’elle prétend avoir agi par curio...

Chapitre 11 – Eugène Morel, enfant de l’Argonne, citoyen de la République

Décidément, l’histoire de cette famille ordinaire nous montre une vie agitée ! Et pour comprendre le parcours de Suzanne, cette femme énigmatique dont la vie tourmentée défie les récits linéaires, il faut remonter plus loin. J’ai donc cherché, jusqu'à son grand-père Eugène Morel, dont la destinée incarne tout à la fois l'audace des humbles et la ténacité d'un autodidacte. Eugène voit le jour en 1856 à Verpel, petit village ardennais encaissé dans les vallons de l’Argonne. Il est l’aîné d’une fratrie marquée par la tragédie : en 1858, un frère naît et meurt en quelques mois ; l’année suivante, un autre frère décède le jour même de sa naissance, et leur mère s’éteint deux jours plus tard. Eugène n’a que trois ans, et déjà le deuil prend racine dans sa vie. Le père se remarie avec Marguerite, et deux demi-frères viennent agrandir la famille. Mais le sort s’acharne, et en 1865, Eugène perd aussi son père, décédé à l’hospice à seulement 34 ans. Orphelin de père et de mère, on p...

Chapitre 9 – Le courage des femmes silencieuses

  Je suis Marthe, la mère de Suzanne. Moi-même, je n’ai pas vraiment connu mon père, Désiré. C’était un manouvrier, il travaillait à la journée quand il trouvait du travail : nettoyage des étables, mise en fagots du bois, travaux de terrassement, transport du foin, surveillance du bétail, faucheur, batteur en grange, etc. Il avait eu un fils avec ma mère, Eulalie, avant de se marier avec elle, puis ils ont eu une fille deux ans avant moi. Il est mort à 29 ans, en coupant des saules au bord de l’Aire. J’avais onze mois. Nous vivions à Termes, dans les Ardennes, à une petite vingtaine de kilomètres de Vouziers. C’était un village agricole avec encore quelques vignes, beaucoup de forêts. Une terre rude, où les hommes s’épuisaient pour arracher au sol de quoi survivre. Après la mort de mon père, ma mère s’est remariée avec Marcellin Dubois, toujours à Termes. Ils ont eu cinq enfants ensemble. Nous vivions toujours là, toujours aussi pauvres. Marcellin était manœuvre, casseur de pierr...

Chapitre 8 – Quelle énigme !

Je me surprends à revenir sans cesse sur le nom de Suzanne. Elle reste pour moi une énigme, un e image insaisissable dont l'histoire s'impose comme un défi à déchiffrer. D'un côté, on la présente comme une jeune ouvrière, une femme jolie, belle et rebelle, qui a su marquer sa trace, refusant de se plier aux règles d'une société trop coincée pour contenir son ambition. De l'autre, son choix – ou son oubli – d’abandonner ses enfants laisse derrière lui un goût amer, celui d'une vie en morceaux, d'un destin qui semble vouloir défier toute explication simple. En fouillant dans les archives, j'ai découvert des contradictions qui ajoutent à son mystère. Par exemple, à Limoges , elle affirmait que son père était pharmacien, alors que les documents indiquent qu'il était mécanicien. Pourquoi c es déformations, ces mensonges évidents, l’apparent oubli de ses filles ? Ça ressemble à une volonté farouche de réinventer son passé, de maquiller une réalité trop ...