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Chapitre 9 – Le courage des femmes silencieuses

 

Termes, rue Haute

Je suis Marthe, la mère de Suzanne. Moi-même, je n’ai pas vraiment connu mon père, Désiré. C’était un manouvrier, il travaillait à la journée quand il trouvait du travail : nettoyage des étables, mise en fagots du bois, travaux de terrassement, transport du foin, surveillance du bétail, faucheur, batteur en grange, etc. Il avait eu un fils avec ma mère, Eulalie, avant de se marier avec elle, puis ils ont eu une fille deux ans avant moi. Il est mort à 29 ans, en coupant des saules au bord de l’Aire. J’avais onze mois.

Nous vivions à Termes, dans les Ardennes, à une petite vingtaine de kilomètres de Vouziers. C’était un village agricole avec encore quelques vignes, beaucoup de forêts. Une terre rude, où les hommes s’épuisaient pour arracher au sol de quoi survivre.

Après la mort de mon père, ma mère s’est remariée avec Marcellin Dubois, toujours à Termes. Ils ont eu cinq enfants ensemble. Nous vivions toujours là, toujours aussi pauvres. Marcellin était manœuvre, casseur de pierres. Il est mort en 1907 à 38 ans. Moi, j’en avais 16, et ma mère se retrouvait veuve pour la deuxième fois, avec les enfants de Marcellin, cinq mômes en bas âge. L’aîné avait 12 ans et le dernier 3 ans.

L’année 1909 a été celle des mariages : ma mère, qui avait 41 ans, s’est remariée avec Pierre Moreau, qui en avait 24. Pierre, réformé temporairement pour tuberculose et faiblesse en 1906, avait aussi un passé trouble : en octobre de cette même année, il avait été condamné pour vol à un mois de prison par le tribunal correctionnel de Reims. En 1911, ils ont eu une fille, Aline, et vivaient toujours à Termes.

En septembre 1914, Pierre est pris dans les lignes allemandes et ne rentre qu’en 1918, via le front français à Charleville. Après la guerre, ma mère s’est installée, seule avec sa fille, dans un petit village près de Troyes avec Aline. En 1930, Pierre Moreau est condamné à huit jours d’emprisonnement pour mendicité à Paris. En janvier 1931, il meurt toujours à Paris, sans domicile fixe.

Je n’ai donc pas connu mon père, ma mère a eu neuf enfants. Et je ne sais pas quand elle est décédée ni où elle est enterrée.

Quant à moi, je me suis mariée en 1910 avec Fernand Morel, un Parisien dont le père était originaire de Verpel, un village voisin. Ils revenaient dans les Ardennes de temps en temps par le train. C’était pratique avec le chemin de fer construit en 1871.

Quatre mois après, Suzanne est arrivée.

Pour vous y retrouver dans cette famille, vous pouvez consulter l’arbre généalogique

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