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Affichage des articles associés au libellé histoire de Suzanne

Chapitre 15 – La belle vie de « Mme Pavis »

Pour commencer, je tiens à vous dire que Nicole — c’est comme ça qu’elle se faisait appeler, votre Suzanne — je l’aimais pas. Elle a manipulé mon père, lui a bouffé son argent, et fait exploser notre famille. Moi, la fille de Jean, je lui en ai voulu. Mais avec le temps… j’ai compris pas mal de choses.  Alors je vais reprendre depuis le début. Suzanne est entrée dans notre vie par ma mère. Elles se sont rencontrées vers 1973 ou 1974, je ne sais plus où. Elle cherchait un logement, et comme on avait deux immeubles de rapport — hérités de ma mère — celle-ci lui a proposé un petit F2. Suzanne disait travailler pour un médecin. Je n’ai jamais su de quel boulot il s’agissait, mais peu importe : en un rien de temps, elle avait mis le grappin sur mon père. Quand ma mère est morte, Suzanne s’est installée chez lui. Même si mon père lui avait loué un appartement plus grand, juste en dessous du sien. Mon père lui louait "officiellement", oui… Il y avait des quittances de loyer, mais...

Chapitre 13 – Suzanne toujours aux abois

  Je découvre donc cet article de l’Echo du Centre :  Vols. - Suzanne Morel, 25 ans, qui a volé une somme de 30 000 francs à une dame de passage à Limoges, est condamnée à 8 mois de prison, 10.500 francs de dommages et intérêts et à restituer les 20.000 francs non dépensés retrouvés en sa possession. En fait, elle a 35 ans. Mensonge encore, ou erreur du rédacteur ? Je contacte les archives de la Haute Vienne, et on m’envoie le dossier ! Les attendus du procès : Attendu que Morel Suzanne, veuve Bertrand, a été condamnée pour avoir à  Limoges , le 7 août 1945, frauduleusement soustrait un portefeuille contenant une somme de 37 000 francs, au préjudice de la dame Veillard. Attendu que cette réunion avait lieu chez M. L., réuni ssa n t tous les locataires de l’immeuble . Attendu que, à l’issue de cette réunion, la prévenue a aperçu un sac à main, qu’elle reconnaît avoir ouvert, et a pris le portefeuille qui s’y trouvait. Attendu qu’elle prétend avoir agi par curio...

Chapitre 11 – Eugène Morel, enfant de l’Argonne, citoyen de la République

Décidément, l’histoire de cette famille ordinaire nous montre une vie agitée ! Et pour comprendre le parcours de Suzanne, cette femme énigmatique dont la vie tourmentée défie les récits linéaires, il faut remonter plus loin. J’ai donc cherché, jusqu'à son grand-père Eugène Morel, dont la destinée incarne tout à la fois l'audace des humbles et la ténacité d'un autodidacte. Eugène voit le jour en 1856 à Verpel, petit village ardennais encaissé dans les vallons de l’Argonne. Il est l’aîné d’une fratrie marquée par la tragédie : en 1858, un frère naît et meurt en quelques mois ; l’année suivante, un autre frère décède le jour même de sa naissance, et leur mère s’éteint deux jours plus tard. Eugène n’a que trois ans, et déjà le deuil prend racine dans sa vie. Le père se remarie avec Marguerite, et deux demi-frères viennent agrandir la famille. Mais le sort s’acharne, et en 1865, Eugène perd aussi son père, décédé à l’hospice à seulement 34 ans. Orphelin de père et de mère, on p...

Chapitre 9 – Le courage des femmes silencieuses

  Je suis Marthe, la mère de Suzanne. Moi-même, je n’ai pas vraiment connu mon père, Désiré. C’était un manouvrier, il travaillait à la journée quand il trouvait du travail : nettoyage des étables, mise en fagots du bois, travaux de terrassement, transport du foin, surveillance du bétail, faucheur, batteur en grange, etc. Il avait eu un fils avec ma mère, Eulalie, avant de se marier avec elle, puis ils ont eu une fille deux ans avant moi. Il est mort à 29 ans, en coupant des saules au bord de l’Aire. J’avais onze mois. Nous vivions à Termes, dans les Ardennes, à une petite vingtaine de kilomètres de Vouziers. C’était un village agricole avec encore quelques vignes, beaucoup de forêts. Une terre rude, où les hommes s’épuisaient pour arracher au sol de quoi survivre. Après la mort de mon père, ma mère s’est remariée avec Marcellin Dubois, toujours à Termes. Ils ont eu cinq enfants ensemble. Nous vivions toujours là, toujours aussi pauvres. Marcellin était manœuvre, casseur de pierr...

Chapitre 5 – Suzanne, la vie d’après (Michelle Vaillant)

Suzanne vers 80 ans Bien sûr j’ai connu Madame Bertrand. Mais elle se faisait appeler Nicole, pas Suzanne. Et elle n’a jamais dit qu’elle avait eu des filles. Elle m’a dit un jour qu’elle avait eu un fils, qu’il avait divorcé, mais que de toute façon, il était mort. Et sur son livret de famille, qu’elle avait fait refaire, il n’y avait que son fils. Pourtant, elle est venue souvent à la maison pour les repas de fête, je pensais assez bien la connaître. Je l’ai rencontrée quand elle est arrivée au village, toute pimpante, avec son manteau en velours rouge et un chapeau de feutre beige, très coquette. Elle avait beaucoup de caractère. Un jour, elle m’a demandé de lui faire des courses. Et après, je lui faisais régulièrement. Mais quand elle n’était pas décidée, ou qu’elle était occupée à se tirer les cartes avec ses tarots usés, elle m’envoyait sur les roses. Elle habitait une petite maison que louait pour elle un monsieur de Limoges. Il venait la voir presque tous les jours. Ce n’est...

Chapitre 3 – Jacqueline, Juliette, Marthe... et les hommes qui s’effacent

  Juliette, demi-soeur de Suzanne Jacqueline a appelé Juliette ce matin. D’habitude, elle est impassible, mais là, sa voix tremblait. Elle ne montre jamais rien, Jacqueline. Pourtant, Juliette la connaît bien, elle. Elle a grandi avec elle, qui est à la fois sa nièce et sa quasi-sœur. Oui, parce que Juliette est la demi-sœur de Suzanne, sa mère. Enfin, vous suivez ? Moi non plus, pas tout de suite. En creusant un peu, je découvre que c’est Marthe qui a élevé tout ce petit monde, seule, avec les gamines sur les bras. Marthe, c’est la mère de Suzanne, puis de Juliette, mais entre les deux, il y a eu Gaston. Un type solide, employé aux chemins de fer, un peu comme une planche de salut pour Marthe après la mort de son premier mari en 1916, pendant la bataille de la Somme. Suzanne avait à peine six ans. Marthe, veuve de guerre, s’était retrouvée avec une pension de 563 francs et une gamine à nourrir. Gaston, il n’est pas resté longtemps non plus. 1924, paf, il claque, après lui avoir...

Chapitre 2 – Ce que Jacqueline n'a jamais dit

Mes parents sont morts pendant la guerre. Enfin, c’est ce qu’on m’a toujours dit, et c’est ce que j’ai répété à mes filles et à mon entourage. Mais à qui aurais-je pu confier que ma mère, Suzanne, nous a abandonnés – mon frère, ma sœur et moi ? Elle a disparu… ou plutôt, elle s’est volatilisée – pendant la guerre, et elle nous a abandonnés. Je voudrais bien savoir pourquoi. Bien sûr, c’était la guerre, et mon père était mort avant le conflit, mais est-ce qu’une mère peut vraiment abandonner ses enfants ? On ne racontait pas ce genre de choses à l’époque. Le seul à connaître ce secret, c’était Pierre, mon mari. Il le savait depuis notre mariage et a toujours respecté ce silence. J’ai fait ma vie sans mère, et mon père était déjà parti. Heureusement, ma grand-mère Marthe m’a recueillie lorsqu’une voisine m’a vue à l’hôpital – une voisine qui n’avait plus de nouvelles de moi depuis mon retour du sanatorium du Moutchic, près de Lacanau. C’est à ce moment-là que ma mère a disparu. Au Moutch...

Chapitre 1 – Faire connaissance

 « Oui, c’est bien moi. Je suis votre tante Jacqueline, fille de Suzanne, et la sœur de votre père ! » Quand Patrick m’a raconté cette conversation, il était bouleversé. Ces mots, me dit-il, résonnent encore en moi. La semaine suivante, il avait rendez-vous avec cette tante surgie de nulle part. Il avait emporté quelques photos, comme des preuves de son identité, de son lien avec elle. Mais chez Jacqueline, il ne s’attendait pas à trouver un véritable comité d’accueil : deux femmes, qui s’avéreraient être ses cousines, et un homme plus jeune, le fils de l’une d’elles. Jacqueline, impassible, l’écoutait raconter comment, un jour, il avait récupéré un numéro de téléphone par un contact à Reims. « Appelez cette dame, elle pourra peut-être vous renseigner… » Alors il avait composé ce numéro, et le voilà, assis dans le salon d’une tante qu’il ne connaissait pas, à exhiber de vieilles photos jaunies. Petit à petit, les pièces du puzzle se mettent en place. Jacqueline et sa famille ...