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Affichage des articles associés au libellé archives

Chapitre 12 : le Conseil de famille

Dans cette histoire, et comme toujours dans les secrets de famille, personne ne sait rien. Chacun détient un petit bout de vérité, mais personne n'ose le partager. Moi, j’ai mis les pieds dans le plat. Ces parents soi-disant morts pendant la guerre, cette mère qui s’est volatilisée pour réapparaître à Limoges comme si de rien n’était, ces enfants séparés, placés dans des familles différentes au point de ne plus se souvenir les uns des autres… Il a bien fallu une décision pour que tout cela se passe ainsi. Je me décide donc à passer aux archives de la Marne. Une archiviste charmante m’explique la marche à suivre : il faut une demande écrite et justifier de la parenté, mais il devrait être possible d’y accéder... Et un beau matin, me voilà à Châlons-en-Champagne. Une documentaliste disparaît quelques instants, puis revient avec un dossier : le jugement du conseil de famille ! Quelle trouvaille ! Des fiches de police, des lettres, des enquêtes de voisinage. Et surtout, le jugement....

Chapitre 11 – Eugène Morel, enfant de l’Argonne, citoyen de la République

Décidément, l’histoire de cette famille ordinaire nous montre une vie agitée ! Et pour comprendre le parcours de Suzanne, cette femme énigmatique dont la vie tourmentée défie les récits linéaires, il faut remonter plus loin. J’ai donc cherché, jusqu'à son grand-père Eugène Morel, dont la destinée incarne tout à la fois l'audace des humbles et la ténacité d'un autodidacte. Eugène voit le jour en 1856 à Verpel, petit village ardennais encaissé dans les vallons de l’Argonne. Il est l’aîné d’une fratrie marquée par la tragédie : en 1858, un frère naît et meurt en quelques mois ; l’année suivante, un autre frère décède le jour même de sa naissance, et leur mère s’éteint deux jours plus tard. Eugène n’a que trois ans, et déjà le deuil prend racine dans sa vie. Le père se remarie avec Marguerite, et deux demi-frères viennent agrandir la famille. Mais le sort s’acharne, et en 1865, Eugène perd aussi son père, décédé à l’hospice à seulement 34 ans. Orphelin de père et de mère, on p...

Chapitre 9 – Le courage des femmes silencieuses

  Je suis Marthe, la mère de Suzanne. Moi-même, je n’ai pas vraiment connu mon père, Désiré. C’était un manouvrier, il travaillait à la journée quand il trouvait du travail : nettoyage des étables, mise en fagots du bois, travaux de terrassement, transport du foin, surveillance du bétail, faucheur, batteur en grange, etc. Il avait eu un fils avec ma mère, Eulalie, avant de se marier avec elle, puis ils ont eu une fille deux ans avant moi. Il est mort à 29 ans, en coupant des saules au bord de l’Aire. J’avais onze mois. Nous vivions à Termes, dans les Ardennes, à une petite vingtaine de kilomètres de Vouziers. C’était un village agricole avec encore quelques vignes, beaucoup de forêts. Une terre rude, où les hommes s’épuisaient pour arracher au sol de quoi survivre. Après la mort de mon père, ma mère s’est remariée avec Marcellin Dubois, toujours à Termes. Ils ont eu cinq enfants ensemble. Nous vivions toujours là, toujours aussi pauvres. Marcellin était manœuvre, casseur de pierr...

Chapitre 8 – Quelle énigme !

Je me surprends à revenir sans cesse sur le nom de Suzanne. Elle reste pour moi une énigme, un e image insaisissable dont l'histoire s'impose comme un défi à déchiffrer. D'un côté, on la présente comme une jeune ouvrière, une femme jolie, belle et rebelle, qui a su marquer sa trace, refusant de se plier aux règles d'une société trop coincée pour contenir son ambition. De l'autre, son choix – ou son oubli – d’abandonner ses enfants laisse derrière lui un goût amer, celui d'une vie en morceaux, d'un destin qui semble vouloir défier toute explication simple. En fouillant dans les archives, j'ai découvert des contradictions qui ajoutent à son mystère. Par exemple, à Limoges , elle affirmait que son père était pharmacien, alors que les documents indiquent qu'il était mécanicien. Pourquoi c es déformations, ces mensonges évidents, l’apparent oubli de ses filles ? Ça ressemble à une volonté farouche de réinventer son passé, de maquiller une réalité trop ...