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Affichage des articles associés au libellé jura

Les Ethevenaux : un rouge !

  Pendant qu’Auguste faisait le Rouge… L’adolescence de Jules se déroule entre les vignes de Montalent, les haies de prunelliers, et les cahots de la politique nationale. Car dehors, la France frétille. Louis-Philippe d’Orléans, dit le « roi bourgeois », s’accroche à son trône comme une bernique à son rocher. Mais en 1848, patatras, la Deuxième République débarque. La république, la vraie. Celle qu’on espère sociale, juste, et populaire. Du moins, sur le papier. Dans le Jura, on en discute. Aux foires, chez le maréchal-ferrant, dans les cafés de Lons. Et chez les Ethevenaux aussi. Surtout Auguste. L’aîné, le trentenaire, le sanguin. Pendant que Jules laboure ou taille ses ceps à Montalent, Auguste fabrique du savon au Vernois. Mais pas que. Il fait tourner les idées comme les chaudrons : un œil sur l’alambic, l’autre sur la République. Et en décembre 1851, quand Louis-Napoléon Bonaparte décide de s’asseoir sur la République pour s’autoproclamer Empereur, Auguste voit rouge. Mai...

Les Ethevenaux : Origines

  Racines et sarments À Montain, les Ethevenaux sont un peu comme les murgers entre les vignes : discrets, têtus, indéboulonnables. On les y trouve dès le XVIIe siècle, et encore aujourd’hui, on ne sait pas très bien s’ils ont trouvé le village ou s’ils l’ont construit. Le plus ancien connu des nôtres, Jean Baptiste Ethevenaux, naît en 1673, dans une maison dont les murs n’ont jamais entendu d’autre bruit que celui des sabots. Depuis, ils sont là, génération après génération, à cultiver, greffer, vendanger, et accessoirement faire des enfants. En 1800, ils sont trente-et-un à porter le nom dans le village, pour à peine 270 habitants. On ne parle pas d’une famille, mais d’une forêt. Il y a les cousins, les arrière-cousins, les Ethevenaux d’en bas et ceux du Vernois, ceux du Pin, les riches et les pauvres, ceux qui se parlent et ceux qui font mine de ne pas se connaître. Mais tous sont liés par la terre, les vignes, et cette manière bien à eux de parler peu mais de penser dru. Les...

Les Ethevenaux : Prologue

  Sous le cerisier de Montalent C’est un matin d’août 1920 dans le Jura. L’air est lourd, la vigne dort, les coqs ont déjà fait leur devoir. Jules Ethevenaux est assis sur le banc de pierre, sous le vieux cerisier. Il a gardé l’habitude d’y venir depuis qu’il ne peut plus vraiment descendre à la vigne. Les rhumatismes ont eu raison de son dos, mais pas de sa vigilance. Il regarde Montalent comme on regarde une vieille photo, floue mais familière. Un peu plus haut, les toits du Louverot scintillent, et au loin, on aperçoit l’église de Montain sur sa colline, mais pas le village, là où il est né. Entre les deux, toute une vie : les récoltes, les enfants, la République (parfois bancale), les décès trop jeunes, les mariages pas toujours prévus, les voisins têtus, les frères égarés puis revenus. Il se dit, en silence : — Tiens, c’est drôle, je n’ai pas vu passer tout ça. Et pourtant, il en a vu. Un frère exilé pour avoir trop aimé la liberté, une République bâillonnée puis revenue ...