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Chapitre 5 – Suzanne, la vie d’après (Michelle Vaillant)

Suzanne vers 80 ans

Bien sûr j’ai connu Madame Bertrand. Mais elle se faisait appeler Nicole, pas Suzanne. Et elle n’a jamais dit qu’elle avait eu des filles. Elle m’a dit un jour qu’elle avait eu un fils, qu’il avait divorcé, mais que de toute façon, il était mort. Et sur son livret de famille, qu’elle avait fait refaire, il n’y avait que son fils. Pourtant, elle est venue souvent à la maison pour les repas de fête, je pensais assez bien la connaître.

Je l’ai rencontrée quand elle est arrivée au village, toute pimpante, avec son manteau en velours rouge et un chapeau de feutre beige, très coquette. Elle avait beaucoup de caractère. Un jour, elle m’a demandé de lui faire des courses. Et après, je lui faisais régulièrement. Mais quand elle n’était pas décidée, ou qu’elle était occupée à se tirer les cartes avec ses tarots usés, elle m’envoyait sur les roses.

Elle habitait une petite maison que louait pour elle un monsieur de Limoges. Il venait la voir presque tous les jours. Ce n’est pas très loin, mais quand même. J’ai compris que c’était son compagnon. Il lui faisait des courses aussi. Il payait les toilettes : robes, chaussures... Et perruques. Elle en avait toute une collection, des blondes, des brunes, des frisées... Toujours impeccablement coiffées, le maquillage soigné. Elle était encore très coquette, Nicole, à 80 ans passés.

Mais un jour, je l’ai trouvée affalée sur sa table, la perruque de travers et une robe à fleurs tâchée de café. J’ai appelé les secours, après quoi, elle a été admise à la maison de retraite du village. C’est à ce moment-là que je suis devenue sa tutrice. Il n’y avait pas grand-chose à faire. Ses seuls revenus étaient le minimum vieillesse.

Elle disait qu’elle avait été infirmière, mais elle n’avait pas de retraite. Elle disait aussi que son mari était un riche industriel et qu’il était mort dans un accident avec sa voiture de sport. J’ai l’impression qu’elle en racontait beaucoup, Nicole, enfin, Suzanne.

Ensuite, il a fallu qu’elle parte à l’Ehpad. C’est quelqu’un d’autre qui a repris sa tutelle, et le département qui a pris les frais en charge. Je continuais à lui rendre visiter chaque semaine Quand elle est morte, je ne sais pas comment ça s’est passé. Je crois que c’est son compagnon qui s’est occupé des obsèques. Je ne suis jamais allée sur sa tombe.

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