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Chapitre 3 – Jacqueline, Juliette, Marthe... et les hommes qui s’effacent

 

Juliette, demi-soeur de Suzanne


Jacqueline a appelé Juliette ce matin. D’habitude, elle est impassible, mais là, sa voix tremblait. Elle ne montre jamais rien, Jacqueline. Pourtant, Juliette la connaît bien, elle. Elle a grandi avec elle, qui est à la fois sa nièce et sa quasi-sœur. Oui, parce que Juliette est la demi-sœur de Suzanne, sa mère. Enfin, vous suivez ? Moi non plus, pas tout de suite.

En creusant un peu, je découvre que c’est Marthe qui a élevé tout ce petit monde, seule, avec les gamines sur les bras. Marthe, c’est la mère de Suzanne, puis de Juliette, mais entre les deux, il y a eu Gaston. Un type solide, employé aux chemins de fer, un peu comme une planche de salut pour Marthe après la mort de son premier mari en 1916, pendant la bataille de la Somme. Suzanne avait à peine six ans. Marthe, veuve de guerre, s’était retrouvée avec une pension de 563 francs et une gamine à nourrir.

Gaston, il n’est pas resté longtemps non plus. 1924, paf, il claque, après lui avoir fait deux filles. Les petites ont sept et quatre ans. Marthe, elle, fait face. Bien obligé. Un peu plus tard, un autre homme débarque, mais là, c’est plus flou. Juliette, elle, sait qui est son père, mais c’est resté un non-dit pendant des années. En tout cas, ce père-là n’a jamais épousé Marthe.

Puis un jour, Germain arrive. Divorcé, lui. Enfin quelqu’un qui reste ! Il épouse Marthe et ils vieillissent ensemble, avec les trois filles et Jacqueline, la petite-fille de Marthe mais élevée comme sa propre fille. Et pendant tout ce temps-là, Suzanne est déjà loin.

Suzanne… Elle s’est mariée en 1926, à seize ans, avec Charles. Elle était belle, paraît-il. Une vraie poupée. Mais ça n’a pas suffi pour amadouer la belle-mère qui ne pouvait pas la sentir. Quand Charles est mort, elle a tout fait pour récupérer Michel, le petit-fils, en sous-entendant que Monique et Jacqueline n’étaient même pas les enfants de Charles. Une sale affaire, tellement sale qu’il y a eu un conseil de famille pour trancher.

Je vous le dis, reconstituer cette histoire, c’est comme essayer d’assembler un puzzle dont la moitié des pièces a disparu. Mais une chose est sûre : chez les femmes de cette famille, on encaisse. On regarde la route en silence, en attendant toujours quelque chose qui ne revient jamais.

Et on est loin d’avoir tout vu !

Pour vous repérer dans cette histoire : lien vers l'arbre généalogique 

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