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Chapitre 15 – La belle vie de « Mme Pavis »

Pour commencer, je tiens à vous dire que Nicole — c’est comme ça qu’elle se faisait appeler, votre Suzanne — je l’aimais pas. Elle a manipulé mon père, lui a bouffé son argent, et fait exploser notre famille. Moi, la fille de Jean, je lui en ai voulu.

Mais avec le temps…
j’ai compris pas mal de choses. 
Alors je vais reprendre depuis le début.

Suzanne est entrée dans notre vie par ma mère. Elles se sont rencontrées vers 1973 ou 1974, je ne sais plus où. Elle cherchait un logement, et comme on avait deux immeubles de rapport — hérités de ma mère — celle-ci lui a proposé un petit F2. Suzanne disait travailler pour un médecin. Je n’ai jamais su de quel boulot il s’agissait, mais peu importe : en un rien de temps, elle avait mis le grappin sur mon père.

Quand ma mère est morte, Suzanne s’est installée chez lui. Même si mon père lui avait loué un appartement plus grand, juste en dessous du sien. Mon père lui louait "officiellement", oui… Il y avait des quittances de loyer, mais elles n’étaient jamais payées. Elles servaient juste à faire illusion, pour toucher les allocations. Parce que Suzanne, elle ne travaillait pas.

Elle préférait parader. En ville, dans les supermarchés… Elle achetait. Tout. N’importe quoi. Parfois des trucs jamais déballés. Elle vivait la belle vie. Manteaux, robes, perruques — ah, ses perruques ! — voiture neuve chaque année, vacances. Un vrai festival.

Un jour, j’ai remarqué qu’elle descendait les beaux objets dans son appartement. Chez nous, par ma mère, on était de la petite bourgeoisie. Et je voyais notre patrimoine se faire la malle. Puis — comme par hasard — son appartement a été cambriolé. Tout avait disparu : les porcelaines, les souvenirs… Enfin, "disparu", pas pour tout le monde. Moi, j’ai veillé à tout récupérer. Fallait pas nous laisser dévaliser jusqu’au bout.


Après, ils ont vécu à la campagne, dans la maison familiale. Mais nous, les enfants, on n’était pas les bienvenus. Pourtant, elle se faisait appeler "Madame Pavis"…

Et puis un jour, j’ai craqué. Elle a demandé à mon père de se mettre à genoux pour passer la balayette sous la table. Là, j’ai dit stop. Voir mon père humilié comme ça, par une femme qui vivait à ses crochets ? Non. C’était trop.

À partir de là, j’ai coupé les ponts. Avec lui. Avec mon frère aussi. 

On ne se voyait plus, on ne se parlait plus. La famille avait explosé. Ça a duré une dizaine d’années.

J’ai su après que mon père avait fait faire des plans et payé des travaux pour une petite maison dans un village. Je ne sais pas ce qui s’est passé entre eux. Elle est partie vivre là-bas, loin de Limoges. Lui, il y allait tous les jours. Peut-être même qu’il y dormait parfois.

Et puis il y a eu l’accident. En voiture, alors qu’il allait la voir. Il a été hospitalisé, et après ça, la relation s’est arrêtée. Ils se téléphonaient encore, paraît-il. Mais ils ne se voyaient plus.

Un jour, j’étais chez mon père. Le téléphone sonne. Je décroche : c’était les pompes funèbres. Suzanne était morte. Ils appelaient pour organiser l’inhumation dans notre caveau familial. Même morte, elle continuait à nous pourrir la vie.

Mon frère et moi, on a refusé. Je ne sais pas où elle a été enterrée. Probablement au carré des indigents…

Tout ça est derrière moi, aujourd’hui.

J’ai accompagné mon père dans ses derniers jours. Et je suis contente de l’avoir fait. C’était mon père. Adoptif, certes, mais c’est lui — avec sa femme — qui m’ont sortie de ce qui aurait été une vie bien pire.

J’ai retrouvé ma mère biologique plus tard. Elle était sourde et muette. Violée par le jardinier de l’institution où elle vivait. Je suis l’enfant de ce viol. Mais ça, c’est une autre histoire.

Pour revenir à mon père adoptif… C’était un "homme à femmes", comme on disait à l’époque. Mais surtout un faible. Je ne sais pas ce qui a pris à ma mère — vingt-cinq ans de plus que lui — de l’épouser, alors qu’elle devait se marier avec le père… de mon père ! Un vrai roman feuilleton, notre famille.

Mon père, il avait dû avoir des aventures. Il fricotait déjà avec Suzanne avant la mort de ma mère. C’était une femme de son âge, pimpante, séductrice. Mais il avait aussi "flirté" avec deux nièces qui logeaient dans un de nos appartements. Et sans doute d’autres encore.

Alors oui, on est tenté de tout mettre sur le dos de Suzanne. Mais elle, elle a juste trouvé le bon pigeon. Il était d’accord. Il a tout accepté. Aujourd’hui, on dirait qu’il était sous emprise.

Mais je ne veux pas juger. Je suis apaisée. Je veux juste témoigner de ce que j’ai vécu.

Pour situer les différents membres de la famille de Suzanne, consultez l’arbre généalogique

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