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les Ethevenaux : fin d'une époque

 Jules, le dernier mot

Entre-temps, au Louverot, les affaires politiques ont repris. En 1904, Jules, le patriarche, devient maire. On ne fait pas les choses à moitié : son gendre Paul Grelet est élu au conseil municipal, aux côtés d’un certain Louis Chaboz, père adoptif de Marguerite, future belle-fille de Jules. Oui, chez les Éthevenaux, on ne fait pas seulement des enfants, on tisse des mailles.

Ça lui va bien, maire, à Jules. Un mandat modeste, mais un rôle immense dans un village où tout se sait, tout se commente. Il ne s’occupe pas de l’état civil, son ami et premier adjoint, Émile Ardiet, signe les actes. Lui il est dans le quotidien : il fait venir le cantonnier, négocie l’arrivée de l’eau, la réfection de l’école. Il n’est pas du genre à donner des discours — il fait. Et c’est ça qu’on attend de lui. Pas des mots, des actes. Et s’il râle contre les préfets, les subventions, l’État central, il le fait avec cette humeur jurassienne : en travaillant plus, et en se plaignant moins fort que le vent.

Mais le vin, lui, fait la tête. Depuis les années 1880, la vigne tire la langue. Jules a greffé, tenté les plants résistants, acheté des boutures du Midi. Mais rien n’y fait : les ceps d’avant ne reviendront pas. Les vendanges sont maigres, les caves sonnent creux, et les projets se rétrécissent comme des sarments en hiver.

C’est dans ce contexte que s’installent Auguste, le fils de Jules, et Marguerite. La maison, est modeste. Très modeste. Deux pièces en bas, une en haut, accessible par un escalier extérieur. Sol en terre battue, ameublement sommaire, pas d’eau courante, juste un puits. Ce n’est pas le château, mais pour Marguerite et Auguste, c’est chez eux. C’est stable. Ils imaginent passer leurs vieux jours, ici, dans ce hameau de Montalent.

Puis vient 1914. Clotilde s’éteint, doucement. Auguste est mobilisé, part au front. Marguerite reste seule avec les deux enfants. Et Jules. Elle tient la ferme, comme elle peut. Il l’aide, comme il peut. Pas pour commander — pour transmettre, pour soutenir. Ce n’est pas le temps des discours. C’est le temps de l’action, comme toujours pour Jules.

Après la guerre — la grande, celle qui a ramené les fils en morceaux ou pas du tout — le hameau de Montalent n’a plus la même rumeur. Certes, son fils est revenu, les enfants grandissent. Mais les sabots claquent moins fort, les rires s’éloignent. Jules est là. Il ne laboure plus, il ne vend plus rien, mais il est là. Assis parfois sous le cerisier, ou sur une pierre un peu chaude, à regarder la pente douce et les vignes, à écouter ce qui ne se dit plus.

Il ne se plaint pas. Ce n’est pas son genre. Il n’a jamais été un bavard. Mais il a compté. Il a été maire. Il a vérifié les registres, les réunions, les naissances, les routes à tracer, les morts à enterrer. Il n’a pas fait de discours, mais il a signé des actes. Il n’a pas brandi le drapeau, mais il a servi la République dans sa version la plus solide : la communale, la locale, la tenace.

En 1920, il s’éteint. À 90 ans. Il ne laisse pas de pierre sculptée, mais il laisse une trace : dans les terres transmises, dans le nom qu’on continue à prononcer. Moins flamboyant que son frère Auguste “le rouge” — mais plus enraciné. Moins politique, peut-être, mais plus durable.

Lire la suite : Marguerite : les femmes Plissard, bûcheronnes

 

Commentaires

  1. Définitivement, j'adore ton style !
    Merci Laurent 😉
    Bisous

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