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Articles

Affichage des articles du juillet, 2025

Des labours aux comptoirs d'une pharmacie du 16ème

Un avant-goût de ma branche Trecour - Saussard.  Chronique d'une lignée jurassienne : Saussard et Messageot Dans les terres caillouteuses d’Arlay et de Quintigny, les Saussard n’ont pas attendu l’INRA pour savoir que la vigne, ça se mérite. Le plus lointain ancêtre connu, Claude Saussard, né avant 1730, fait pousser sa descendance au rythme des saisons. Son fils Étienne, déjà cultivateur, incarne cette obstination terrienne qui traverse les siècles. Au tournant du XIXe, Claude Alexis Saussard (1782–1844) creuse son sillon avec son épouse Jeanne Alexise. Leurs six enfants perpétuent le geste du sol retourné, des moissons, des corvées… Parmi eux, Pierre Joseph, né en 1810, installe la famille au quartier de Carouge, à Arlay. Son fils François "Irénée", né en 1849, en hérite la rudesse : il n’a que 4 ans quand il perd sa mère Séraphie Cugnard. Son père se remarie, mais la nouvelle union n’épargnera pas non plus la douleur : une demi-sœur meurt en bas âge. Irénée est mobi...

Maria et Arsène (5) : Le temps qui passe

  Janvier 1910 – La crue à Mandeure aussi Mandeure, avant l’aube. Mandeure, rue de l'église - 1910 Dans la barque,  Adélaïde Cartier et Charles Lasalle Pluie froide, neige fondue : l’accord tragique. Le Doubs gonfle — trop, trop vite. En moins de douze heures il approche la rue de l’église, rase les murs, jusqu’où ? On sort les bottes, on grimace : pas le temps de discuter. Les rivières et les fleuves inondent un peu partout en France. Paris a les pieds dans l’eau, Mandeure aussi.  Chez les Lasalle, l’eau franchit le seuil. Résultat : cinquante bons centimètres dans la cuisine, la cave transformée en mare.  Au milieu du désastre, une victime inattendue : la grande horloge comtoise. Elle est toute simple, en bois léger, décorée de bouquets de fleurs peints. Le balancier barbote, le tic‑tac s’étrangle. Deux jours plus tard, reflux. On frotte, on jure, on jette. L’horloge repart — un miracle de mécanique franc‑comtoise — mais garde une cicatrice marron pile à ha...

Maria et Arsène (4) : une matrone

  La maison Marguier, rue du Pont. Avec les enfants qui arrivent, Arsène et Maria décident de faire bâtir leur maison. Arsène est maintenant marchand de bois, il pensait mieux gagner sa vie, à son compte : est-ce la réalité ? A-t-il touché un héritage ? Toujours est-il qu’ils auront une vraie ferme comtoise, solide comme un chêne, posée rue du Pont, l’ancienne voie romaine qui traverse Mandeure — en direction de Maîche d’un côté, Beaulieu et Audincourt de l’autre. Un axe millénaire, foulé par les sandales des légionnaires avant les sabots des vaches. Une ferme comtoise La ferme est typique du pays : levée de grange en anse de panier, comme un arc au-dessus de l’entrée. Juste en haut, une pierre gravée : leurs initiales, AM ML, et en dessous, 1890, la date de construction. Comme toutes ces bâtisses, elle abrite sous le même toit les bêtes, les récoltes, et les gens. À gauche, c’est l’écurie, puis la fosse d’aisance avec les feuilles de papier journal accrochées ...

Maria et Arsène (3) : le mariage, les enfants

Devant le Maire Elle a vingt-deux ans, une robe en laine fine boutonnée jusqu’au cou, et un chignon tiré à faire pâlir une institutrice. Maria, elle est sérieuse, droite, discrète — et jolie : les cheveux relevés en chignon qui mettent en valeur ses beaux yeux bleus, une broche sobre orne son corsage, et elle regarde l’avenir sans trembler. Lui, c’est Arsène Marguier. Petit - 1,55 m - large d’épaules, la moustache en sourire et la voix grave. Chez lui, on parle fort, on rit facilement, on connaît les arbres un par un et on respecte les bêtes plus que les notaires. Il arrive sans ses parents, déjà morts, mais avec avec ses frères et sa jeune sœur Joséphine , tout juste descendus de Septfontaines. Il a mis son uniforme bien brossé, son épingle à cravate en corne, offerte par son père. Raide, fier — mais les yeux fondus dès qu’il croise ceux de Maria. Les noces à la campagne Maria Lasalle (photo retouchée) Ce samedi de fin septembre, l’automne hésite. Le Doubs glisse doucement, comme po...

Maria et Arsène (2) : Les Marguier

  Les Marguier : les racines dans le Haut-Doubs Arsène Marguier, c’est la moustache d’abord. Large, franche, bien plantée, comme un blason sur le visage fermé des hommes du Haut-Doubs. Et puis cette posture, raide comme un douanier en inspection. La photo de famille — posée, figée, solennelle — ne ment pas : ici, on ne rigole pas pour des bêtises. C’est un monde de silence, de forêt et de devoir. Une pose qui cache peut-être la gentillesse d’un brave homme. Il naît en 1857 à Septfontaines. Un nom qui fleure bon les légendes aquatiques, mais avec une ironie bien franc-comtoise : Septfontaine , prononcé Sèfontaine , signifie... « sans fontaine ». Pas de source dans le patelin. Faut dire qu’on a l’humour sec, là-haut. Les Marguier sont là depuis toujours, ou presque. À Septfontaines, sur le rude plateau du Haut-Doubs, il y avait des hivers pour geler les mots et des étés pour les faire repousser. Guillaume Marguier y arrive vers 1650, dans un monde encore ballotté entre la ...

Maria et Arsène (1) : Les Lasalle

Ils venaient de la pierre et du bois, de Réclère et de Septfontaines. Ils ont bâti une maison, une famille, et des silences. Voici Maria Lasalle et Arsène Marguier, ceux qui les ont précédés et suivis . Une histoire du Doubs, rude et tenace. Réclère , mars 1797. Le vent siffle encore entre les granges. La Révolution a débordé des frontières comme un vin trop jeune. À Paris, on guillotine à tour de bras ; ici, dans l’éphémère département du Mont Terrible, on marie en douce. L’église a été mise en location par les nouvelles autorités révolutionnaires. On se réunit dans une maison de pierre sans enseigne, un prêtre catholique, l’abbé Guerraud, officie à la hâte. Pas de cloches, pas de bénédiction solennelle. Juste deux personnes debout devant lui et les témoins. Lui , c’est Laurent Lasalle , i l vient de Paris. N é en 1770, engagé dans l’armée de la République, affecté à la 18e compagnie de la 32e demi-brigade . Il a tout juste vingt- six ans, les bottes encore crottées d’un long d...