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Des labours aux comptoirs d'une pharmacie du 16ème

Un avant-goût de ma branche Trecour - Saussard. 

Chronique d'une lignée jurassienne : Saussard et Messageot

Dans les terres caillouteuses d’Arlay et de Quintigny, les Saussard n’ont pas attendu l’INRA pour savoir que la vigne, ça se mérite. Le plus lointain ancêtre connu, Claude Saussard, né avant 1730, fait pousser sa descendance au rythme des saisons. Son fils Étienne, déjà cultivateur, incarne cette obstination terrienne qui traverse les siècles.

Au tournant du XIXe, Claude Alexis Saussard (1782–1844) creuse son sillon avec son épouse Jeanne Alexise. Leurs six enfants perpétuent le geste du sol retourné, des moissons, des corvées… Parmi eux, Pierre Joseph, né en 1810, installe la famille au quartier de Carouge, à Arlay. Son fils François "Irénée", né en 1849, en hérite la rudesse : il n’a que 4 ans quand il perd sa mère Séraphie Cugnard. Son père se remarie, mais la nouvelle union n’épargnera pas non plus la douleur : une demi-sœur meurt en bas âge.

Irénée est mobilisé en 1870 pour la guerre contre la Prusse, revient vivant, et épouse en 1875 Clémence Messageot, issue d’une dynastie de vignerons de Quintigny. Chez les Messageot, on taille la vigne depuis au moins Philippe, né vers 1628, et même quand la famille fait un détour par Ruffey-sur-Seille, c’est pour y planter du raisin.

Irénée et Clémence ont cinq enfants. Parmi leurs enfants, certains ne survivent pas, mais deux branches émergent : celle d’Angèle, future épouse d’Adrien Trécour, restée dans le Jura, et celle de Joseph, le cadet discret, qui prendra une toute autre route…

Joseph, l’échappée belle.

Né en 1881 à Quintigny, il est recalé du service militaire pour "faiblesse générale" — ce qui, soit dit entre nous, est souvent le certificat de bonne santé intellectuelle.

Quand Gustave "Joseph" Saussard quitte le Jura natal pour monter à Paris, il ne part pas les mains vides : il emporte avec lui un solide bagage de ténacité paysanne et sans doute, une certaine ambition. Né à Quintigny en 1881 dans une famille de cultivateurs, il déjoue les statistiques en devenant pharmacien dans le 16ᵉ arrondissement de Paris, un quartier chic où les anciens de l'école communale ne s’installent pas par hasard.

À son mariage en 1912, il est encore élève pharmacien, domicilié au 18 avenue Bugeaud. Il y réside avec sa future épouse Pauline Marie Céline Chat, une demoiselle de compagnie, profession respectable et souvent au contact de la bourgeoisie. Le choix de Pauline ne relève donc pas uniquement d’un coup de cœur mais témoigne aussi d’une certaine proximité sociale — acquise, conquise ou rêvée.

Installé à Paris, Gustave devient pharmacien titulaire. L’adresse de l’officine – à l’angle de la rue de la Pompe, il y a toujours une pharmacie aujourd’hui– ne trompe pas sur le standing. Plus tard, on le retrouve au 39 rue Pergolèse, toujours dans le même arrondissement. Rien d’ostentatoire, mais une trajectoire nette : celle d’un homme qui a su franchir les cercles.

Ce parcours, il ne le doit pas seulement à sa volonté : le réseau familial joue son rôle. Lors de son mariage, un témoin n’est autre que son cousin, Marie Léon Cugnard, professeur de sciences et mathématiques dans le 9ᵉ arrondissement. Une figure cultivée, peut-être mentor ou soutien moral, en tout cas un maillon entre la terre jurassienne et la capitale savante.

Leur fille Jeanne Saussard épousera un jurassien nommé René Sauce… qui fera changer l’orthographe familiale en Sausse. Avec leurs quatre enfants, Alain, Chantal, Annie et Christian, ils reviendront régulièrement dans le Jura.


Joseph finira ses jours à Lons-le-Saunier en 1969, à l’âge de 88 ans, comme un retour apaisé sur les terres natales.

Un certain regard sur les cousins

Du côté de Saint-Didier, on garde de Joseph et de ses descendants un souvenir flou… et pas toujours attendri. Les visites des cousins "de Paris" laissaient parfois un arrière-goût de condescendance. Peut-être trouvaient-ils que la ferme sentait un peu fort, ou que les manières locales manquaient de vernis. Ou peut-être était-ce le Jura lui-même qui leur semblait trop étroit. Rien de bien méchant, mais juste assez pour qu’on sente, derrière les sourires polis, que tout le monde n’était pas exactement du même monde — même avec un nom commun.

Et vous, dans votre famille, qui a quitté la terre pour la ville ?

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