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Maria et Arsène (2) : Les Marguier

 

Les Marguier : les racines dans le Haut-Doubs


Arsène Marguier, c’est la moustache d’abord. Large, franche, bien plantée, comme un blason sur le visage fermé des hommes du Haut-Doubs. Et puis cette posture, raide comme un douanier en inspection. La photo de famille — posée, figée, solennelle — ne ment pas : ici, on ne rigole pas pour des bêtises. C’est un monde de silence, de forêt et de devoir. Une pose qui cache peut-être la gentillesse d’un brave homme.

Il naît en 1857 à Septfontaines. Un nom qui fleure bon les légendes aquatiques, mais avec une ironie bien franc-comtoise : Septfontaine, prononcé Sèfontaine, signifie... « sans fontaine ». Pas de source dans le patelin. Faut dire qu’on a l’humour sec, là-haut.

Les Marguier sont là depuis toujours, ou presque.

À Septfontaines, sur le rude plateau du Haut-Doubs, il y avait des hivers pour geler les mots et des étés pour les faire repousser. Guillaume Marguier y arrive vers 1650, dans un monde encore ballotté entre la couronne d’Espagne et celle de France. Il était de ces hommes qu’on devine taiseux, mais solides, soumis aux caprices du climat plus qu’à ceux d’un roi

Il est né près de la frontière, du côté de Pontarlier. Il vient d’épouser sa Rose Lambert. Ils ont planté leur lignée comme on plante un sapin sur un versant froid : solide, résistant, discret.

En 1836, à Septfontaines, près d’un habitant sur dix porte le nom. Ce n’est plus un village, c’est un arbre généalogique géant. Mais derrière la densité patronymique, c’est la dureté du quotidien. Les hivers s’éternisent, les enfants tombent, les terres se méritent.

C’est donc dans ce village que naît Arsène en 1857. Il est le sixième de sept. Le fils d’Antoine Marguier et de Henriette Benoît. En 1870, il a treize ans, il enterre son frère Hilaire, mort des suites d’une blessure de guerre à vingt deux ans. Une tragédie de plus, noyée dans le silence des parents. Pas de plaque, pas d’hommage. Le deuil, ici, se porte comme la barbe : en dedans.


Arsène tiré au sort (la conscription, pas la loterie), fait son service militaire de cinq ans, entre 1878 et 1883, et finit sergent. En 1884, il devient garde forestier, nommé à Mandeure, au service des Eaux et Forêts jusqu’en 1888.

Le Pays de Montbéliard dans ces années là : entre patois et piston à vapeur

À la fin du XIXe siècle, le Pays de Montbéliard est un coin bien particulier de l’Est, un peu à part, entre Jura, Alsace et Franche-Comté. On y parle encore volontiers le patois, on mange le « toutché » le gâteau de fête à la fin de tous les repas dignes de ce nom, et on est luthérien ou catholique, parfois dans la même famille. Mais surtout, on bosse.

Car ici, le travail, c’est presque une religion. le Pays de Montbéliard n’est pas encore tout à fait Peugeot, mais déjà un peu. En 1889, Armand Peugeot installe ses premiers ateliers automobiles à Audincourt. Et dans toute la vallée, ça turbine : forges, papeteries, filatures, horlogerie… L’industrie grignote les rives du Doubs, pendant que la campagne résiste encore avec ses fermes robustes et ses bœufs francs-comtois.

Les villages alentours, comme Mandeure, Noirefontaine ou Valentigney, vivent à deux vitesses : celle des champs, encore très présents, et celle des usines, qui attirent les jeunes. C’est l’époque des premières routes bien empierrées, des tramways à cheval, des journaux locaux et des cafés où on refait le monde entre deux parties de manille.

La vie est rude, les hivers sont longs, mais le progrès s’installe : quelques maisons se chauffent au charbon, l’eau courante fait son apparition chez les plus aisés, et les plus chanceux parlent déjà de "chauffage central" dans les maisons ouvrières. Dans les fermes, on bat encore le grain à la main, mais on rêve déjà de machines à vapeur.

C’est aussi une terre de passage : les idées circulent, les colporteurs aussi. Les familles sont nombreuses, les fêtes de village bien arrosées, les enterrements suivis par tout le canton. Et les femmes ? Elles tiennent la baraque. Qu’elles soient couturières, accoucheuses du dimanche, ou piliers de ferme, elles incarnent la solidité discrète de ce pays entre deux mondes.

C’est dans ce village de Mandeure, rugueux et paisible, le long du Doubs, qu'Arsène et Maria vont se marier.

Voir l'arbre généalogique d'Arsène 

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