Accéder au contenu principal

Ernest Placide Loyauté – Zouave, facteur et voyageur

 


Ernest Placide Loyauté 

1850–1892, de l’Afrique du Nord aux routes de Champagne.

Né un 19 avril 1850 à Bercenay-en-Othe, Ernest Placide Loyauté grandit dans un village de l’Aube où, en 1870, on parle peu de politique mais beaucoup des nouvelles venues du front. La guerre contre la Prusse semble encore lointaine… jusqu’au jour où la mobilisation résonne jusque dans les fermes. Ernest, 20 ans, n’attend pas qu’on vienne le chercher : il s’engage volontaire au 2ᵉ régiment de Zouaves. Caporal dès décembre, il redemande vite à redevenir simple soldat – peut-être par goût de la tranquillité, ou pour éviter de porter la responsabilité des autres.

Ses campagnes le mènent en Afrique, puis contre l’Allemagne, puis à nouveau en Afrique. En janvier 1875, on le retrouve à Oran. Ce n’est pas la métropole : port grouillant, odeur de cuir et d’épices, rues mêlant militaires en képi, négociants européens et commerçants arabes. C’est là qu’il épouse Marie Catherine Hernout, Champenoise comme lui. La cérémonie est presque un tableau colonial : deux négociants comme témoins de la mariée, un capitaine et un cantinier du régiment pour le marié.

Le retour en France se fait par étapes : cultivateur à Chennegy en 1877, probablement chez son père, puis facteur rural à Estissac en 1881. Ce poste, à l’époque, c’est bien plus que distribuer du courrier : c’est porter les nouvelles de Paris, les papiers officiels, parfois même l’argent des pensions — et surtout, connaître toutes les histoires du canton.

Mais Ernest a le goût du mouvement. En 1887, il est voyageur de commerce. À cette époque, ce sont les routes départementales, l’auberge du bourg le soir, et la valise pleine d’échantillons. Dans l’Aube, il a pu représenter des produits textiles, de la bonneterie ou de la mercerie fabriquée à Troyes ou Romilly — ces usines qui exportent leurs chaussettes et bas jusque dans les colonies.

Le 18 juillet 1892, à Joinville, Haute-Marne, il s’éteint à 42 ans, loin de chez lui mais pas seul : un restaurateur et un surveillant d’octroi sont là pour déclarer le décès. Coeur fatigué ? Verre de trop ? Mystère. Sa vie, elle, n’a rien eu de sédentaire : d’un hameau de Bercenay-en-Othe à l’Afrique du Nord, des campagnes champenoises aux routes commerciales, Ernest aura porté bien plus qu’un uniforme.

Ce portrait est un extrait d'une généalogie "Formule Arbre"


Commentaires

  1. Un grand merci Laurent pour le travail réalisé sur ma généalogie. C'est une vraie richesse à plusieurs titres. Tes recherches, nos échanges et ta manière de rédiger le récit de vie de nos ancêtres font de cette généalogie une véritable histoire de vie. Une histoire qui en dit long notamment sur les croyances, les modèles, les comportement transmis d'une génération à l'autre. Un éclairage bien utile parfois pour mieux se comprendre et se libérer du poids du passé. Etant praticienne en accompagnement psycho-émotionnel et hypnose thérapeutique, j'en comprends d'autant plus l'intérêt. Lydie Tailland - www.sortirdesaboite.fr

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Afin d'éviter la méchanceté, les commentaires sur ce blog sont modérés

Posts les plus consultés de ce blog

Marguier contre l'abbaye

 Une enquête dans le Saugeais du XVIIᵉ siècle Tout commence par un texte étrange.  Pas un baptême. Pas un mariage. Pas un acte de décès. Un texte juridique , trouvé presque par hasard sur le site Racines franc-comtoises . Une longue phrase, à la syntaxe sinueuse, typique de l’Ancien Régime : ... En la cause de Claude Marguier dit Bannans et Hierosme Droz de la Ville du Pont prodhommes d’illec, Claude Chouard Mercier de la Longeville coprodhomme et eschevin dudit lieu, Jehan Donet dit Clerc des Allemans prodhomme audit lieu, Benoit Nicol et Hugues Lambert de Gilley prodhommes audit lieu et tant en leur nom que pour et es noms de tous les aultres prodhommes eschevins et habitans desdits lieux et aultres villages du Vaux du Saulgeois parochiens de l’eglise et abbaie de Montbenoit suppliant en moderation de reglement de drois curiaulx… 1 Ce n’est pas un détail administratif. C’est un moment où le droit s’expose tel qu’il est réellement : discuté, contesté, négocié . Car ici, au...

Eloge de la généalogie qui musarde

  Comment, en cherchant Jessel, je me suis retrouvé chez Zebra, à la radio, en Alsace en 1934 et en plein délire graphique Je te jure que je fais des efforts. Je pars toujours avec de bonnes intentions : “aujourd’hui, je me concentre sur Jessel, je travaille sérieusement, je reste dans la ligne droite du récit”. Et puis voilà qu’une vieille réclame traîne au coin d’un journal de 1934, me regarde de travers et me murmure : “Regarde-moi, juste une seconde…” Je regarde. Je tombe dans un terrier. Parce qu’une fois qu’on met le nez dans les publicités des années trente, on se retrouve à courir derrière des silhouettes étranges qui vous entraînent d’une page à l’autre : un enfant maigre comme un clou, une femme devenue “bleichsüchtig”, un noir à poêle miraculeux, et au milieu de tout ça, une agence de publicité — Thompson — qui semble avoir tout rédigé, tout dessiné, tout rêvé. On dirait un Monopoly géant où chaque case serait une réclame en noir et blanc. À la base, je voulais c...

Les Sénabré, d’une rive à l’autre

Les Espagnols d’Algérie Ils sont arrivés par la mer, ballotés entre la misère et l’espoir. Des paysans de Relleu, de Almudaina, de Villajoyosa ou de Denia, qui fuyaient la sécheresse, les dettes, les pierres plus nombreuses que les récoltes. Les bateaux faisaient la navette depuis Alicante, Valence ou Ibiza, et débarquaient leur cargaison d’hommes, de femmes et d’enfants sur les quais d’Oran ou d’Alger. En quelques décennies, l’Algérie française est devenue la seconde patrie de ces Espagnols sans fortune. On les appelait les Valenciens , même quand ils venaient de Murcie ou d’Andalousie. Ils bâtissaient les maisons, cultivaient la vigne, pêchaient le long des côtes. Les enfants, eux, devenaient Français sans toujours le savoir, par la loi de 1889. Entre deux langues, deux patries, deux mers, ces familles ont tissé une histoire discrète. Celle des SENABRE en fait partie — une lignée née sous le soleil d’Alicante et refondée sur l’autre rive, dans les faubourgs d’Alger avant de partir à ...