Plancy-l’Abbaye, Viâpres, Pouan-les-Vallées… C’est là que tout commence, dans un monde de terres maigres, de foi obstinée, de guerres encaissées les mâchoires serrées. Une lignée de cultivateurs, de mères inlassables, de couturières et de bonnetiers, de gens debout malgré tout. Ce récit n’est pas une saga héroïque, mais une fresque humaine — modeste, solide, profondément ancrée dans l’histoire française.
Mais Hélène n’était pas que la grande sœur. C’était aussi une vraie couturière, avec du talent. Elle avait fait son apprentissage chez Madame Chenut, et aurait pu partir à Paris chez Dior. Dior, rien que ça. Mais elle est restée à Romilly. Par sens du concret ? Par loyauté ? Ou parce que la couture des sous-vêtements chez Dupré, c’était moins chic mais plus sûr ? Ce qui est sûr, c’est qu’elle ne manquait pas d’assurance. Elle a eu des soupirants — plusieurs —, et elle les a tous fait attendre ou fuir, jusqu’à ce Jacky, un beau garçon de son âge, discret, un peu cabossé par la vie, mais droit et travailleur.
Lui aussi travaillait chez Dupré. Sans parents il avait été élevé par sa grand-mère, Berthe, dans une solitude étrange. Un garçon avec un air d’écorché doux, qui regardait les choses avec un pas de côté. Et les filles bien en face. Et Hélène, avec son mélange de poigne et de pudeur, a trouvé que ces regards-là lui allait bien.
Leur mariage fut un beau mariage. D’ouvriers, oui, mais chaleureux, digne, bien préparé. On mariait la fille aînée ! Les familles avaient fait ce qu’il fallait : des nappes amidonnées, du bon vin sur les tables, une robe cousue maison impeccable, et des visages heureux autour. Il y avait des bouquets de fleurs posés sur des tréteaux, des enfants endimanchés qui couraient dans les jambes des anciens, et de la fierté dans tous les regards. Ce n’était pas Versailles, mais c’était sincère. Et pour Hélène comme pour Jacky, c’était un début solide.
Mais pour comprendre la force tranquille d’Hélène, il faut regarder derrière elle, bien plus loin que le canal ou les champs de blé.

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