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Ethevenaux : cousins mais pas trop

 

Pour terminer ma branche Ethevenaux (pour l’instant !) voici un portrait croisé d’une bizarrerie généalogique : deux cousins qui ont le même nom, mais cousins par les femmes.

Deux Ethevenaux, et pas un pour faire du bruit

Ils portaient le même nom, ils vivaient dans le même hameau, et ils étaient cousins. Mais pas comme on le croit. Ce n’étaient pas leurs pères qui étaient frères — non, c’étaient leurs mères. Deux sœurs Claudey, filles d’un meunier de Clairvaux-les-Lacs, que le destin avait mariées à deux hommes nommés Ethevenaux mais sans lien de parenté. Une coïncidence patronymique comme seul le Jura sait en tricoter.

Marie, l’aînée, avait épousé un vieil agriculteur établi à Vatagna, Élisée, qui rendit l’âme avant que leur fils Charles ait pu retenir son visage. Joséphine, la cadette, plus discrète, avait dit oui à Edmond, un Ethevenaux d’une autre branche, venu du Louverot. Il fut régisseur dans la ferme de sa belle-sœur avant de voler de ses propres ailes. De ce drôle d’arrangement familial naquirent Charles et Gaston, cousins germains par les mères, porteurs du même nom mais pas du même héritage.


Charles, l’officiel

Né en 1889, Charles grandit à Vatagna, élevé par sa mère Marie, femme de poigne au regard de meunière. Elle gère la maison, les terres, les ouvriers, et probablement aussi les discussions de village. Charles, lui, ne fait pas de vagues. Il fait son service militaire, revient cabossé de la Grande Guerre, épouse Raphaëlla Jeunet, une diamantaire de Saint-Claude, et se fait élire conseiller général en 1922, sous l'étiquette « Terrien » — un courant rural conservateur qui défendait la terre, les droits agricoles, et une certaine idée tranquille de l’ordre local.

Un mandat. Pas plus. Il s’occupe de bouilleurs de cru, de délimitations de pâturages, de dossiers aussi obscurs que nécessaires. Il siège sans éclat, comme on laboure droit : sans détour, sans drame. Il sera battu aux élections suivantes par le candidat de gauche qui le considérait comme un réactionnaire.

Il meurt en 1949. Sa famille lui offre un monument funéraire imposant, peut-être pour souligner une importance que lui-même a essayé en vain d’obtenir.


Gaston, le malin

Gaston, né en 1896 à Clairvaux, vit d’abord dans l’ombre de sa cousine et de sa mère. Son père Edmond (voir le récit Ethevenaux), fait figure de pilier jovial dans le petit monde de Vatagna. Il est celui qu’on va voir quand on a besoin d’un conseil, d’un mulet, ou d’un tonneau. Un peu d’entregent, un zeste de baratin, et beaucoup de présence, il finit par s’émanciper. La famille s’installe dans sa propre maison. Gaston devient meunier, puis cultivateur, se marie avec Jeanne Ecoiffier, perd son épouse, se remarie avec Lucie Nosjean, perd un enfant. La vie est rude, mais il tient debout.

En 1934, à 38 ans, il est condamné pour une partie de pêche un peu trop inventive : de nuit, à la foëne (sorte de harpon à plusieurs dents ), avec lanterne et explosifs. Six mois de prison, sans sursis, pendant que ses trois complices s’en tirent plus légèrement. Pas de quoi faire trembler le canton — mais ça reste dans les mémoires.

Rappelé brièvement en 1939, démobilisé l’année suivante, il terminera sa vie tranquillement, enterré sous une tombe simple mais soignée, lettres encore dorées. Discret jusqu’au bout.


Deux vies, une époque

Charles et Gaston n’ont pas changé le monde. Ils n’ont pas monté d’usine, ni fait sauter de barricades. Ils ont vécu dans un coin du Jura où les grandes idées s’écrasaient contre les collines, et où l’on débrouillait sa vie avec patience, silence et un peu de malice. Ils ont combattu l’un et l’autre pendant la grande guerre et s’en sont sortis.

L’un a laissé son nom sur un caveau, l’autre dans une chronique judiciaire. Mais leur vraie histoire est ailleurs : deux enfants de meunières, deux façons de traverser le siècle, chacun à sa manière. Pas des héros, pas des saints. Juste deux gars du Jura, cousins par les femmes, deux destins ordinaires, et c’est très bien aussi.

Et vous, vous avez des cousins un peu trop bien élevés ? Ou d’autres qui savent où ça mord, même quand c’est interdit ? Racontez-les-moi en commentaire.

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