Voilà, ce que j’ai pu apprendre sur Suzanne s’arrête ici. Je peux dire que cette enquête a été passionnante. Elle m’a occupé l’esprit pendant toutes ces années. Et je doute d’en savoir davantage maintenant.
Je pourrais peut-être encore trouver un article de journal sur un méfait de plus ? Un témoignage sur un autre homme qu’elle aurait manipulé ? Elle se vantait d’en avoir eu huit à la fin de sa vie. Mais au fond, qu’importe ?
Cette Suzanne m’a tenu en haleine tout ce temps. Quand j’y repense, quelle vie elle a eue ! La guerre de quatre ans à huit ans, deux sœurs qui meurent toutes petites et à quelques jours d’intervalle, et le père un an après, un rebelle qui a déserté deux fois l’armée. D’un côté, le grand-père Eugène, qui sort de sa condition de pauvre paysan ardennais en devenant ce receveur des postes parisien, libre penseur, fondateur de la section locale de la ligue des Droits de l’Homme, conseiller municipal de Vouziers. De l’autre, la grand-mère Eulalie, ses trois maris, ses neufs enfants et on ne sait même pas où elle est inhumée.
Mais aussi, sa mère, quatre maris morts successivement mais qui a tenu le coup, en élevant en plus, une de ses petites filles. Et cette belle-mère, si raide, à cheval sur les principes dont le père s’est suicidé après avoir picolé et son mari mort de la syphilis. Suzanne dira plus tard qu’elle lui a volé son fils.
Son mari Charles est mort tôt, lui aussi. Un choc ? Peut-être. Un soulagement ? Allez savoir. En tout cas, c’est à partir de là que Suzanne a changé de nom. Et de vie.
Elle s’est débattue au milieu de tout ce fracas, de vies heurtées. Ah ! C’était la classe en vitrine, mais tout de même, quelle menteuse, quelle manipulatrice !
Elle a évité de peu le carré des indigents, Suzanne Bertrand, née Morel. Mais elle n’a qu’un carré d’herbe sur la tête, sans nom, sans date. La concession n’a même pas été réglée.
J’ai cherché à comprendre ce personnage, et comme Marie Jeanne je ne veux pas porter de jugement. Il reste tout de même l’abandon des enfants dont elle ne prenait pas de nouvelles et qu’elle n’a jamais tenté de revoir.
Pour situer les différents membres de la famille de Suzanne, consultez l’arbre généalogique
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C’est le moment où vous écrivez un truc ému, ou furieux, ou juste curieux. Allez-y, elle ne lit pas, mais moi si.
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