Ça
fait maintenant quinze ans que Patrick a retrouvé une partie de sa
famille, celle de son père. Une tante, ses quatre filles, leurs
maris, les enfants. La tribu au complet.
On avait même mis la
main sur l’autre sœur de son père. Jacqueline lui avait écrit,
pleine d’espoir. Elle a répondu en coupant net :
— Je n’ai
jamais eu de famille, ce n’est pas à 70 ans qu’on en refait
une.
Rideau.
Puis
est venu le confinement. Le monde s’est arrêté, et moi avec. Du
temps libre à n’en plus finir. Alors je me suis remis dans les
papiers de cette famille, histoire de tromper l’ennui. J’ai
poussé un peu plus loin, me suis inscrit sur un site de généalogie.
J’ai raconté le mystère Suzanne sur un groupe Facebook, comme une
bouteille à la mer.
Je n’y croyais pas vraiment.
Une
demi-heure plus tard, je tombe de ma chaise. Un internaute, inconnu
au bataillon, me balance la date et le lieu de décès de Suzanne.
—
2016, Ehpad de Saint Léonard.
Je vérifie. Les dates, les noms... Ça colle. Nom de Dieu, c’est elle ! Suzanne, la disparue, morte à 106 ans, bien peinarde dans une maison de retraite.
Je
plonge sur internet, fouille tout ce qui traîne sur cette femme. Et
je tombe sur un article du journal local pour ses cent ans. Le genre
de papier mielleux qu’on écrit sur les vieilles dames
increvables.
Suzanne y raconte sa vie. D’après elle, son père
était pharmacien. C’est bizarre, parce que moi, dans mes
recherches, je l’ai trouvé mécanicien. Elle parle aussi du
Brésil, de son mari avec qui elle aurait vécu là-bas avant de
revenir en France à cause de la guerre.
Problème : son mari
est mort en 1936. Alors quoi, un autre homme ? Un mensonge ? Un trou
de mémoire ?
Je
prends mon téléphone et appelle l’Ehpad. Plusieurs fois, sans
obtenir de réponse. Il faut attendre la fin du confinement, pas le
temps. Finalement, une responsable au bout du fil, une voix agacée.
—
Ah, Madame Bertrand ? Oui, on se souvient vaguement. Mais on ne
savait pas qu’elle avait de la famille. Désolé, les équipes ont
changé. On ne peut rien vous dire de plus.
Je souffle un grand
coup. La dame qui venait la voir chaque semaine ? Peut-être elle en
saurait plus.
On me donne un nom, Madame Vaillant. Un numéro.
Je
raccroche, le cœur en vrac, avec cette impression incroyable de
toucher du doigt une vérité si longtemps cachée.
Cent six
ans. Suzanne a tenu cent six ans sans jamais donner signe de
vie.
C’est dingue ce que certains secrets peuvent survivre
longtemps.

Vite la suite !
RépondreSupprimerTu pourrais en faire un livre !!!! J’adore suivre tes recherches et attends avec impatience la suite de tes révélations, Flo
RépondreSupprimerZut! y a pas la suite! Snif.
RépondreSupprimerDu coup j’ai reposé mon Bernard Minier sur son étagère, Juliette est à présent dans mon top 5 ! Bravo les cousins !
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