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Articles

Affichage des articles du décembre, 2025

Les Sénabré, d’une rive à l’autre

Les Espagnols d’Algérie Ils sont arrivés par la mer, ballotés entre la misère et l’espoir. Des paysans de Relleu, de Almudaina, de Villajoyosa ou de Denia, qui fuyaient la sécheresse, les dettes, les pierres plus nombreuses que les récoltes. Les bateaux faisaient la navette depuis Alicante, Valence ou Ibiza, et débarquaient leur cargaison d’hommes, de femmes et d’enfants sur les quais d’Oran ou d’Alger. En quelques décennies, l’Algérie française est devenue la seconde patrie de ces Espagnols sans fortune. On les appelait les Valenciens , même quand ils venaient de Murcie ou d’Andalousie. Ils bâtissaient les maisons, cultivaient la vigne, pêchaient le long des côtes. Les enfants, eux, devenaient Français sans toujours le savoir, par la loi de 1889. Entre deux langues, deux patries, deux mers, ces familles ont tissé une histoire discrète. Celle des SENABRE en fait partie — une lignée née sous le soleil d’Alicante et refondée sur l’autre rive, dans les faubourgs d’Alger avant de partir à ...

Eloge de la généalogie qui musarde

  Comment, en cherchant Jessel, je me suis retrouvé chez Zebra, à la radio, en Alsace en 1934 et en plein délire graphique Je te jure que je fais des efforts. Je pars toujours avec de bonnes intentions : “aujourd’hui, je me concentre sur Jessel, je travaille sérieusement, je reste dans la ligne droite du récit”. Et puis voilà qu’une vieille réclame traîne au coin d’un journal de 1934, me regarde de travers et me murmure : “Regarde-moi, juste une seconde…” Je regarde. Je tombe dans un terrier. Parce qu’une fois qu’on met le nez dans les publicités des années trente, on se retrouve à courir derrière des silhouettes étranges qui vous entraînent d’une page à l’autre : un enfant maigre comme un clou, une femme devenue “bleichsüchtig”, un noir à poêle miraculeux, et au milieu de tout ça, une agence de publicité — Thompson — qui semble avoir tout rédigé, tout dessiné, tout rêvé. On dirait un Monopoly géant où chaque case serait une réclame en noir et blanc. À la base, je voulais c...

Enquêter sur Manny : mode d’emploi pour perdre (et retrouver) son fil

Il y a des personnages qu’on aborde avec méthode, dossiers en main, lignes de vie bien rangées. Et puis il y a Manny. Manny, c’est autre chose. Un homme qui flotte d’un continent à l’autre, surgit dans les pages mondaines, disparaît trois ans, réapparaît dans un hôtel d’Estoril comme un figurant de roman espion — le tout sans jamais laisser derrière lui plus qu’un parfum de mystère et quelques papiers administratifs vaguement remplis. Depuis plusieurs semaines, je tourne autour de son histoire. Je commence un chapitre, je le jette. J’en écris un autre, je l’aime bien, puis non, finalement je le déteste. Je me dis que je tiens le ton idéal, et deux pages plus loin je m’aperçois que Manny a encore glissé entre les lignes. Et je doute. De moi, de lui, de ce qu’il faut raconter, de ce qu’il faut taire. New Yok Herald - 07/06/1936 - Gallica-BNF Parce qu’il y a plusieurs Manny possibles : le Manny élégant des journaux américains, le Manny des traversées transatlantiques, l...